Il faut parfois commencer petit pour voir grand. En 1820, à Kilmarnock, dans l’Ayrshire, John Walker ouvre une modeste épicerie après la vente de la ferme familiale. Parmi les produits qu’il propose, le whisky occupe rapidement une place particulière. Mais John Walker a une idée qui va changer son destin : plutôt que de se contenter d’un whisky dont le profil peut varier d’un lot à l’autre, il commence à assembler différents whiskies afin d’obtenir une qualité et un goût plus réguliers.
Deux siècles plus tard, le nom Johnnie Walker évoque bien davantage qu’une bouteille : il raconte une certaine vision du whisky écossais, fondée sur l’art de l’assemblage. Et pour comprendre cette philosophie, il faut partir sur les routes d’Écosse, à la rencontre des distilleries qui donnent au blend sa profondeur et sa personnalité.
Imaginez l’Écosse au XIXe siècle. Les routes sont encore longues, les transports évoluent rapidement et les villes industrielles commencent à transformer le pays. À Kilmarnock, John Walker tient son épicerie et observe déjà ce qui deviendra l’un des grands principes de la maison : rechercher la qualité et la constance.
Le paysage a aujourd’hui bien changé. Le lien physique entre Johnnie Walker et Kilmarnock s’est interrompu avec la fermeture du grand site d’embouteillage en 2012. Mais la ville reste le point de départ historique de l’aventure. C’est ici que John Walker a commencé à vendre et à assembler ses whiskies, donnant naissance à une maison dont l’histoire allait bientôt dépasser largement les frontières de l’Ayrshire.
Pour découvrir aujourd’hui l’univers Johnnie Walker, le voyage mène notamment à Édimbourg, où Johnnie Walker Princes Street est installé au cœur de la capitale écossaise. Ouvert en 2021 dans un ancien grand magasin, ce lieu immersif raconte plus de 200 ans d’histoire et permet de découvrir la philosophie de l’assemblage à travers les différents profils aromatiques des whiskies écossais.
Mais pour comprendre véritablement Johnnie Walker, il faut quitter la ville et parcourir l’Écosse. Car derrière un blend se cachent des paysages, des climats, des eaux et surtout des savoir-faire différents.
L’histoire de Johnnie Walker connaît rapidement un tournant avec son fils, Alexander Walker.
Lorsque John Walker meurt en 1857, Alexander reprend l’entreprise. Il va transformer l’activité familiale et faire du whisky son véritable moteur. Son expérience du commerce et son sens de l’assemblage permettent à la maison de prendre une nouvelle dimension.
Dans les années 1860, Alexander crée le premier assemblage commercial de la famille, Old Highland Whisky. C’est l’un des grands jalons de l’histoire de Johnnie Walker et l’ancêtre de ce qui deviendra notamment le célèbre Black Label.
Puis viennent plusieurs choix devenus emblématiques.
La bouteille carrée apparaît dans les années 1870. Elle permet notamment de mieux résister aux manipulations et au transport, tout en optimisant le stockage. L’étiquette inclinée devient ensuite une signature visuelle forte : elle permet de distinguer la bouteille sur les étagères et participe à l’identité de la marque.
En 1908 apparaît enfin le personnage que le monde entier reconnaît aujourd’hui : le Striding Man, créé à la demande de la famille Walker par l’illustrateur Tom Browne. La marque adopte alors officiellement le nom Johnnie Walker et développe autour du personnage une image associée au mouvement, au progrès et à l’ambition.
Le succès devient international. En 1920, Johnnie Walker est déjà commercialisé dans plus de 120 pays. Aujourd’hui, la marque est présente dans plus de 180 pays.
La réussite de Johnnie Walker s’est construite malgré de nombreuses périodes difficiles : l’inondation de Kilmarnock en 1852, la disparition prématurée de plusieurs dirigeants de la famille, les deux guerres mondiales, la Prohibition américaine, la Grande Dépression et différentes crises économiques ont profondément marqué l’industrie du whisky.
La marque a connu des périodes de ralentissement avant de repartir. Cette capacité à traverser les crises explique en partie la place prise par le célèbre message « Keep Walking », devenu bien plus qu'une signature publicitaire : une véritable philosophie de marque.
John Walker a donné son nom à la maison, mais son histoire est celle de plusieurs générations.
Son fils Alexander joue un rôle déterminant dans le développement commercial et dans la création des assemblages. Son petit-fils, Alexander Walker II, participe ensuite à la consolidation et au développement international de l’entreprise.
Mais une autre histoire mérite d’être racontée : celle des femmes qui ont contribué à façonner les whiskies devenus les piliers de Johnnie Walker.
À quelques centaines de kilomètres de Kilmarnock, dans le Speyside, se trouve Cardhu.
La distillerie a été fondée en 1824 par John Cumming, qui exerçait alors clandestinement. Après plusieurs générations, Elizabeth Cumming reprend la direction de l’entreprise familiale. Femme d’affaires déterminée, elle développe considérablement la distillerie et contribue à en faire une référence du Speyside.
En 1893, Cardhu est rachetée par John Walker & Sons. Son whisky devient par la suite un élément important des assemblages Johnnie Walker.
Cette histoire rappelle une réalité souvent oubliée : derrière les grandes maisons de whisky se trouvent aussi des femmes qui ont dirigé des distilleries, développé des productions et transmis des savoir-faire.
Aujourd’hui, l’histoire continue avec une autre Walker — mais sans lien familial avec John.
Dr Emma Walker est devenue en 2021 la première femme à occuper le poste de Master Blender de Johnnie Walker en plus de deux siècles d’histoire. Elle a succédé à Dr Jim Beveridge, qui avait consacré plus de 40 ans à Diageo, dont 20 comme Master Blender.
Emma Walker dirige une équipe de spécialistes chargés de travailler sur les nombreux whiskies entrant dans les assemblages Johnnie Walker. Son travail consiste notamment à préserver la cohérence des profils aromatiques tout en explorant de nouvelles expressions.
Une belle manière de constater que, chez Johnnie Walker, le nom peut être historique… mais le savoir-faire, lui, continue d’évoluer.
C’est probablement ici que l’histoire devient la plus passionnante pour les amateurs de whisky.
Johnnie Walker n’est pas produit dans une seule distillerie. Le style de la maison repose sur l’assemblage de whiskies de malt et de grain provenant de différentes distilleries écossaises.
Les quatre distilleries emblématiques directement associées à l’univers Johnnie Walker sont :
Direction les Lowlands, au sud de l’Écosse, pour découvrir Glenkinchie.
La distillerie est considérée comme la Lowland Home of Johnnie Walker. Son whisky apporte notamment des notes plus légères et florales aux assemblages. Son environnement rural contraste avec l’agitation d’Édimbourg, pourtant relativement proche.
À Cardhu, dans le Speyside, le paysage change.
La région est réputée pour ses whiskies souvent élégants et fruités. Le malt de Cardhu apporte une dimension douce et riche aux assemblages Johnnie Walker. La distillerie est particulièrement importante dans l’histoire de la maison, notamment depuis son acquisition auprès d’Elizabeth Cumming en 1893.
Plus au nord, le décor devient spectaculaire.
Clynelish se trouve dans le Sutherland, à proximité de la côte. La distillerie actuelle a commencé sa production en 1969, après la construction d’un nouveau site à proximité de l’ancienne distillerie, devenue Brora. Son whisky est réputé pour son profil fruité, cireux et légèrement côtier.
Clynelish apporte ainsi une texture et une profondeur particulières aux assemblages.
Enfin, cap à l’ouest, vers Islay.
Installée près de Port Askaig, Caol Ila regarde vers l’île voisine de Jura. Ici, l’air marin, les paysages tourbeux et le caractère fumé de l’île contribuent à un whisky très différent de ceux produits dans les Lowlands ou le Speyside.
Caol Ila constitue l’une des grandes sources de caractère fumé utilisées dans les assemblages Johnnie Walker. La distillerie possède aujourd’hui six alambics, trois wash stills et trois spirit stills.
Lowlands, Speyside, Highlands, Islay : quatre territoires, quatre profils.
C’est précisément cette diversité qui fait la force du blended Scotch.
Et il ne faut pas réduire Johnnie Walker à ces quatre sites : d’autres distilleries du réseau Diageo fournissent également des whiskies entrant dans les assemblages, selon les références et les profils recherchés. Les « Four Corners » sont avant tout les quatre distilleries emblématiques choisies pour représenter les grands caractères régionaux au cœur de l’expérience Johnnie Walker.
Pour fabriquer un blended Scotch, deux grandes familles de whisky entrent en jeu : les single malts et les single grains.
Le whisky de malt est élaboré à partir d’orge maltée. Après le maltage, le brassage et la fermentation, le liquide est distillé dans des alambics en cuivre. Le whisky de grain utilise également des céréales et est généralement produit dans des alambics à distillation continue.
Après la distillation commence une autre étape essentielle : le vieillissement.
Les whiskies sont placés dans des fûts de chêne pendant au moins trois ans pour pouvoir porter légalement l'appellation Scotch Whisky. Les fûts ayant précédemment contenu du bourbon, du sherry ou d'autres vins et spiritueux peuvent apporter leurs propres arômes et textures au whisky.
Mais pour Johnnie Walker, le véritable travail d’orfèvre arrive ensuite.
Le Master Blender et son équipe sélectionnent différents whiskies et déterminent dans quelles proportions les assembler. Chaque composant joue un rôle : certains apportent du fruit, d’autres du corps, de la douceur, des épices ou de la fumée.
Le défi est double : créer un whisky complexe et équilibré, mais également préserver le style attendu d’une référence année après année.
C’est cette recherche de constance qui transforme le blending en véritable métier d’art.
L’une des plus belles façons de comprendre Johnnie Walker est finalement de regarder une bouteille comme une carte de l’Écosse.
Imaginez un whisky aux notes fruitées venues du Speyside, enrichi par la fraîcheur florale des Lowlands, structuré par le caractère cireux et côtier des Highlands du Nord, puis traversé par une touche de fumée venue d’Islay.
Chaque whisky conserve son identité, mais l’assemblage crée quelque chose de nouveau.
C’est toute la philosophie de Johnnie Walker : ne pas opposer les terroirs écossais, mais les faire dialoguer.
La marque parle ainsi des « quatre coins de l’Écosse », mais cette expression est surtout une invitation au voyage. Chaque région apporte une pièce du puzzle.
La gamme Johnnie Walker permet de parcourir différents niveaux d’intensité et de complexité.
Le Red Label est la référence emblématique de la gamme et s’inscrit dans un style vif et accessible. Il a été pensé notamment pour être apprécié en long drink ou en cocktail.
Le Black Label est un blended Scotch de 12 ans, construit autour d’un profil plus profond, fruité, épicé et fumé. C’est l’une des références historiques de la maison et l’un des grands classiques du blended Scotch. Le Comptoir Irlandais le propose actuellement dans sa sélection Johnnie Walker.
Le Green Label se distingue par une particularité importante : il s’agit d’un blended malt, composé exclusivement de whiskies de malt provenant de différentes distilleries. Il permet d’explorer davantage l’influence des régions et des single malts dans l’univers Johnnie Walker.
Le Gold Label Reserve privilégie un style rond, gourmand et lumineux, avec une place importante accordée aux notes fruitées et miellées.
Le Blue Label représente l’une des expressions les plus prestigieuses de la maison. Son assemblage repose sur la sélection de whiskies rares et recherchés, avec une recherche particulière de profondeur, de complexité et d’équilibre.
À ces références s’ajoutent régulièrement des éditions limitées et des créations spéciales, notamment autour de vieillissements, de finitions en fûts ou de sélections de whiskies rares.
L’offre évolue donc régulièrement : plutôt que de considérer la gamme comme figée, il faut la voir comme un terrain d’expérimentation où l’héritage de la maison rencontre de nouvelles idées.
Il serait facile de raconter Johnnie Walker comme une success story commerciale. Ce serait pourtant oublier l’essentiel.
Johnnie Walker est avant tout une histoire profondément écossaise.
Kilmarnock en est le point de départ. Les Lowlands, le Speyside, les Highlands et Islay en sont les différents chapitres.
À Glenkinchie, les paysages agricoles des Lowlands accompagnent un whisky plus délicat et floral.
À Cardhu, les collines du Speyside entourent une distillerie dont l’histoire est intimement liée à la famille Cumming.
À Clynelish, le nord des Highlands offre un décor côtier et sauvage.
À Caol Ila, l’île d’Islay impose son atmosphère maritime et tourbée.
Le whisky devient ainsi une manière de voyager sans bouger : chaque verre fait apparaître une autre facette de l’Écosse.
Alors, comment déguster Johnnie Walker pour mieux comprendre cette histoire ?
Commencez simplement.
Versez une petite quantité dans un verre tulipe et prenez le temps d’observer la robe. Faites ensuite tourner doucement le whisky et approchez le nez sans précipitation.
Cherchez d’abord les notes fruitées et sucrées : pomme, poire, fruits secs, miel ou vanille selon l’expression.
Puis revenez au verre.
Des notes épicées peuvent apparaître, suivies par le bois, les céréales ou la fumée. Dans les références les plus marquées, le caractère tourbé et fumé peut devenir beaucoup plus évident.
En bouche, prenez une petite gorgée et laissez le whisky évoluer quelques secondes.
L’intérêt n’est pas de trouver immédiatement « la bonne réponse ». La dégustation est justement l’occasion de constater comment différents profils peuvent se succéder et s’équilibrer.
Et pour ceux qui préfèrent les cocktails, le Johnnie Walker se prête également très bien au highball, au Whisky Sour ou à des créations plus contemporaines. La maison elle-même met aujourd’hui en avant une approche très large du whisky, allant de la dégustation pure aux cocktails et accords gastronomiques.
Depuis ses débuts, Le Comptoir Irlandais fait découvrir à ses clients des produits issus des cultures celtes et britanniques, avec une place particulière accordée aux grands whiskies écossais.
Johnnie Walker trouve naturellement sa place dans cet univers.
La marque raconte en effet quelque chose qui nous est particulièrement cher : le voyage par le goût.
Derrière une bouteille de Johnnie Walker, il n’y a pas seulement un assemblage. Il y a Kilmarnock, les collines du Speyside, les côtes des Highlands, les paysages tourbés d’Islay et les Lowlands.
Notre sélection permet ainsi de découvrir l’une des références historiques de la maison, notamment le Johnnie Walker Black Label 12 ans, tout en explorant plus largement les whiskies écossais qui composent cet univers.
Et c’est peut-être cela, finalement, qui rend Johnnie Walker si intéressant : une bouteille peut être une destination.
En 1820, John Walker ouvrait les portes d’une petite épicerie de Kilmarnock.
Il était probablement loin d’imaginer que son nom voyagerait un jour dans plus de 180 pays.
Deux cents ans plus tard, le personnage au chapeau et au pas décidé continue d’avancer.
Mais derrière le Striding Man, il reste surtout une idée simple : rechercher la qualité, expérimenter, évoluer et ne jamais cesser d’avancer.
Keep Walking.
Et si vous commenciez votre voyage avec un verre de Johnnie Walker ?
Rédigé par Philomène B.
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